Un regard sur des opportunités encore peu explorées pour la croissance et la sécurité.

Quand les murs cessent de définir la richesse

Pendant des siècles, la richesse s’est mesurée en pierre et en terre. Des domaines toscans des marchands de la Renaissance aux brownstones new-yorkais des héritiers industriels, l’immobilier a longtemps été le refuge privilégié du capital en quête de stabilité. L’instinct est profondément humain, la propriété est tangible, visible et défendable. Pourtant, comme les familles internationales l’ont appris au cours des deux dernières décennies, tangible ne signifie pas toujours sécurisé.

L’immobilier reste un pilier essentiel des portefeuilles diversifiés, mais il ne détient plus le monopole de la sécurité ou du rendement. L’inflation, la hausse des taux, les risques géopolitiques et les évolutions démographiques ont redéfini la notion de préservation. Les familles les plus avisées, celles qui pensent en générations plutôt qu’en années, regardent de plus en plus au delà de l’immobilier pour assurer continuité et croissance.

Cette évolution n’est pas un rejet de la pierre. C’est la reconnaissance que la permanence ne vient pas des briques, mais de la capacité d’adaptation.

I. Les limites des refuges traditionnels

Selon le Wealth Report 2024 de Knight Frank, les individus ultra fortunés allouent encore environ 30 à 35% de leur patrimoine à l’immobilier, contre près de 50% il y a dix ans. Les raisons ne sont pas idéologiques mais structurelles.

1. L’érosion de la prime de risque immobilière

L’ère des taux bas qui rendait la pierre irrésistible est terminée. Avec le resserrement monétaire aux États-Unis et en Europe, l’avantage de levier de l’immobilier s’est affaibli. Parallèlement, la fiscalité, les contraintes réglementaires et les risques climatiques réduisent les rendements. Même l’immobilier prime mondial doit désormais rivaliser avec des instruments de crédit de haute qualité et des produits structurés offrant des rendements comparables avec moins de complexité administrative.

2. Le défi de l’illiquidité

L’attrait de l’immobilier comme actif qui permet de « dormir tranquille » cache une vérité opérationnelle: il dort, mais se réveille rarement facilement. La liquidité, cette capacité à déplacer le capital sans perte, est devenue une monnaie à part entière. Les familles qui ont construit leur fortune sur le contrôle recherchent désormais l’optionnalité. Comme l’expliquait le fondateur d’un family office suisse: « Nous achetions des immeubles, maintenant nous achetons la capacité de bouger. »

3. Le biais émotionnel

L’immobilier nourrit un confort psychologique puissant, celui de posséder quelque chose de visible. Pourtant, à mesure que les nouvelles générations prennent la direction, elles se montrent moins sentimentales et plus analytiques. Pour elles, l’impact, l’échelle et la flexibilité comptent davantage que les mètres carrés.

II. Les frontières discrètes où le capital circule désormais

Le déplacement au delà de l’immobilier n’est pas une migration vers la spéculation. C’est une redirection mesurée vers des actifs qui possèdent les vertus de la pierre, stabilité, contrôle, transmission, mais sans ses limitations.

1. Le private credit: le nouveau « loyer » moderne

Le crédit privé est devenu l’un des placements favoris des family offices du monde entier. Selon le Global Private Capital Report 2024 de Preqin, plus de 60% d’entre eux investissent directement ou indirectement dans la dette privée, souvent avec des rendements de 8 à 12% assortis de protections contractuelles.

Ces instruments, du financement d’entreprises aux prêts adossés à des actifs, permettent aux familles d’agir comme la banque plutôt que d’en dépendre. Comme l’immobilier, ils génèrent des flux réguliers, mais avec une diversification accrue et une visibilité contractuelle.

Le crédit privé reflète un principe intemporel de gestion patrimoniale: le capital doit travailler, mais ne doit pas s’égarer.

2. Le capital risque et la croissance: exposition contrôlée au futur

Historiquement, les grandes fortunes se sont construites sur la propriété, des terres, des routes commerciales, des entreprises. Aujourd’hui, l’équivalent réside dans la participation directe à l’innovation.

Les family offices les plus agiles allouent 10 à 20% de leurs portefeuilles à des investissements en capital risque ou en croissance. Contrairement aux fonds institutionnels en quête de licornes, les familles privées se concentrent sur des secteurs stratégiques: technologies durables, infrastructures fintech, sciences de la vie, cybersécurité, des industries qui compteront encore dans trente ans.

L’approche n’est ni spéculative ni passive. Les familles investissent là où elles peuvent apporter expertise et réseau. Une famille discrète d’Europe du Nord, autrefois propriétaire de vastes forêts, finance aujourd’hui des startups de construction durable, une continuité moderne de son ADN historique.

Ainsi, investir dans le venture devient moins un pari qu’une prolongation du patrimoine par d’autres moyens.

3. Les fonds privés et le marché secondaire

Un autre espace où la richesse s’est multipliée est celui du marché secondaire du private equity, qui consiste à racheter des parts existantes dans des fonds à prix réduit.

Cette stratégie présente deux avantages:

  1. compression du temps, les familles entrent au milieu du cycle plutôt qu’en début
  2. efficacité des prix, les parts se négocient souvent avec une décote de 10 à 20% par rapport à la valeur nette (NAV)

Pour les investisseurs multi générationnels, c’est une forme sophistiquée de value investing.

4. Les infrastructures et les actifs essentiels

Contrairement à l’immobilier spéculatif, les infrastructures, énergie, data centers, logistique, offrent des flux prévisibles liés à la nécessité, non à la mode.

Le Global Infrastructure Hub indique que la participation du capital privé aux infrastructures a dépassé 1 000 milliards de dollars en 2023, avec un intérêt croissant des family offices. Pour eux, ces actifs sont l’équivalent moderne de « posséder le pont plutôt que la guérite ».

5. Les produits structurés et l’assurance vie internationale

Pour préserver le patrimoine, les familles se tournent vers les notes structurées, les PPLI et les enveloppes d’assurance, des véhicules discrets qui conjuguent efficacité fiscale, confidentialité et contrôle transgénérationnel.

La structuration financière est devenue l’architecture du patrimoine moderne.

III. Au delà du rendement: la philosophie de l’allocation intentionnelle

Pour les familles dont la richesse dépasse les besoins pratiques, l’investissement devient aussi philosophique que financier. La question évolue de « Quel sera le rendement? » vers « Que soutiendra ce capital? ».

1. Le capital comme responsabilité

La véritable gestion commence par la gouvernance, définir la finalité du patrimoine avant de définir ses actifs. Nombre de family offices adoptent des cadres alignés sur des missions éducatives, durables ou sociales, une forme de continuité dynastique.

2. La gouvernance familiale

Les fortunes durables partagent un trait: la structure. Constitutions familiales, conseils d’investissement, comités patrimoniaux, ces mécanismes transforment la richesse en institution.

3. Discrétion et vie privée

Une raison discrète de s’éloigner de l’immobilier est la confidentialité. La propriété attire l’attention. Les structures privées, elles, permettent au capital de croître sans visibilité extérieure.

Comme le disait un patriarche basé à Monaco: « La vraie richesse n’habite pas sur Google Maps. »

IV. Le contexte mondial: mobilité, régulation et recherche de neutralité

L’éloignement de l’immobilier reflète aussi les réalités géopolitiques modernes. La pierre attache le capital à une juridiction.

1. La diversification juridictionnelle

Les familles séparent désormais résidence, citoyenneté et domiciliation des actifs. Singapour, Luxembourg et Dubaï figurent parmi les hubs privilégiés.

2. La renaissance réglementaire

Avec la CRS de l’OCDE, FATCA ou BEPS, la transparence est devenue la norme. Les familles se tournent vers des structures réglementées comme les PPLI ou les RAIF.

3. La quête de gouvernance

Le capital migre vers l’ordre. Au delà de l’immobilier se trouve une architecture de confiance, de droit et de maîtrise.

V. Le nouveau domaine est invisible

Pendant des siècles, la pierre symbolisait la permanence. Aujourd’hui, la permanence est stratégique. Les familles les plus sophistiquées ne bâtissent plus des murs, elles bâtissent des systèmes. Le nouveau domaine est invisible: un portefeuille structuré pour survivre aux lieux, aux cycles et aux époques.

Une nouvelle forme de patrimoine émerge. Moins visible, mais infiniment plus durable.


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