Les holdings familiales vivent encore, en 2026, sous la limitation d’intérêts ATAD 2026 comme une contrainte de trésorerie fiscale, et non comme un slogan de 2016. La directive européenne anti-évitement est en vigueur depuis une décennie. En France, la règle opérationnelle reste l’article 212 bis du Code général des impôts, applicable depuis le 1er janvier 2019. Ce que les holdings ressentent vraiment en 2026 n’est presque jamais un nouveau taux légal. C’est un intérêt qui reste coincé dans une HoldCo peu dotée d’EBITDA fiscal après le choc de taux 2022-2024, alors que la trésorerie de groupe paraît encore abondante.

Cet article est une information générale destinée aux familles et aux family offices. Il ne constitue ni un avis fiscal, ni un mandat, ni un conseil personnalisé. La déductibilité dépend des faits de chaque société, du périmètre de groupe et d’un conseil qui relit ensemble la liasse, le dossier de prêt et les commentaires officiels.

Ce qu’est la limitation d’intérêts ATAD 2026 (et ce qu’elle n’est pas)

L’ATAD est un socle minimal, pas une brochure française. La directive 2016/1164 (ATAD I) a imposé cinq outils : limitation des intérêts, règles CFC, clause générale anti-abus (GAAR), imposition de sortie et dispositifs sur les montages hybrides. L’ATAD II (directive 2017/952) a étendu le volet hybrides, y compris les hybrides inversés. La transposition française du volet intérêts, en 2019, reste la règle de 2026.

La Commission européenne présente encore le paquet sur sa page consacrée à la directive anti-évitement. C’est une orientation, pas un substitut à l’article français. L’ATAD 3, souvent discutée sous le nom Unshell, reste un débat de politique publique sur la substance des coquilles. Elle n’est pas en vigueur comme un troisième taux, et cet article n’invente ni date ni seuil fictif. Les dossiers voisins, comme l’inventaire IFI 2026, relèvent d’un autre chapitre, mais levier, immobilier et holdings interagissent.

La limitation des intérêts dans la holding, pas dans la plaquette

La règle se ressent là où vit la charge financière nette, pas là où la famille raconte son récit. Une holding pure, peu de résultat d’exploitation, des intérêts intra-groupe élevés et une trésorerie propre peut quand même buter sur le plafond. L’EBITDA comptable peut sembler sain dans l’OpCo. L’EBITDA fiscal de la HoldCo peut être mince. L’intérêt est à l’étage. La capacité fiscale est en bas. Ce décalage est le problème holding de 2026.

Les familles ont utilisé le levier pour remonter du cash des OpCo vers les HoldCo, financer des distributions, acheter l’actif suivant ou égaliser des fratries sans vendre l’entreprise. L’histoire fiscale est mécanique : l’intérêt n’est déductible que dans la limite de la capacité 212 bis. Ni la trésorerie ni les dividendes amont ne la créent si l’EBITDA fiscal de la HoldCo reste faible. Le même schéma apparaît dans les SPV qui achètent de l’immobilier ou du private equity avec des comptes courants. L’activité, c’est la détention. L’EBITDA fiscal se résume souvent à des amortissements, un loyer modeste, ou presque rien une année de J-curve. Vellum Finance traite cela comme une carte : quelle entité porte la dette, laquelle a de l’EBITDA fiscal, et le prêt est-il tiers ou partie liée.

Article 212 bis : 3 millions d’euros ou 30 % de l’EBITDA fiscal

Pour une société autonome non traitée comme sous-capitalisée, les charges financières nettes sont déductibles à hauteur du plus élevé de deux montants : 3 millions d’euros, ou 30 % de l’EBITDA fiscal. Les familles compressent cette phrase en slogan, puis la appliquent mal. Une HoldCo avec 2 millions d’euros d’EBITDA fiscal obtient le plus élevé de 3 millions d’euros et de 0,6 million, soit 3 millions d’euros. Une HoldCo avec 20 millions d’euros d’EBITDA fiscal obtient le plus élevé de 3 millions d’euros et de 6 millions d’euros. Le plancher aide les dossiers plus petits. Il ne sauve pas une holding très endettée dont le coût financier net est un multiple de son EBITDA fiscal.

Les charges financières nettes ne sont pas « le coupon de la ligne bancaire ». Les commentaires français, et les synthèses professionnelles qui les suivent, retiennent les charges financières moins les produits financiers, avec une définition large du coût de financement : intérêts, certains montants de prêts participatifs, frais de garantie et d’arrangement liés à l’emprunt, éléments de change sur intérêts, et assimilés. Le texte officiel est à l’article 212 bis CGI sur Légifrance. Une lecture anglaise de la même architecture figure dans la synthèse PwC des déductions françaises. Aucun des deux documents ne remplace la liasse.

EBITDA fiscal et EBITDA comptable

L’EBITDA fiscal de l’article 212 bis II n’est pas l’EBITDA du reporting de gestion. Les familles qui collent un EBITDA de covenant bancaire dans une note fiscale inventent une capacité qu’elles n’ont pas. Le chiffre fiscal part du résultat imposable et réintègre, notamment, la charge financière nette elle-même ainsi que les amortissements et provisions déductibles, avec d’autres retraitements sur certaines plus ou moins-values. L’enjeu n’est pas de réciter chaque alinéa. L’enjeu est que les retraitements comptables, le bruit de juste valeur et les charges non déductibles ne basculent pas automatiquement dans la base des 30 %.

C’est pourquoi une holding « profitable » en IFRS ou en PCG peut rester un mauvais hôte d’intérêts. Les dividendes amont peuvent être exonérés. Les plus-values de juste valeur ne sont pas de l’EBITDA fiscal. L’EBITDA prêteur et l’EBITDA 212 bis doivent diverger par écrit, avec une passerelle.

Les surcouches que les familles rencontrent vraiment (TMP, sous-capitalisation, parties liées)

L’article 212 bis plafonne la charge financière nette. Ce n’est pas le seul test. L’intérêt entre parties liées est stratifié. Les familles qui s’arrêtent à « nous sommes sous 3 millions d’euros » échouent encore à un test de taux, à un test de sous-capitalisation, ou à la surcouche plus sévère du 212 bis sur la dette liée sous-capitalisée.

L’article 39, 1-3° CGI plafonne le taux déductible des intérêts versés à des parties liées par référence au TMP, le taux moyen des obligations du secteur privé publié pour la période, sauf preuve d’un taux indépendant plus élevé. L’excédent n’est pas déductible et n’atteint jamais le 212 bis. Un compte courant tarifé « à 8 % parce que c’est le private credit » est un dossier de preuve. Le test TMP, plus ancien que l’ATAD, reste la première surcouche de beaucoup de SPV en 2026.

Les anciennes règles de sous-capitalisation de l’article 212 restent dans la pile : tests de ratios, pas une seconde copie des 30 %. Vient ensuite la surcouche 212 bis : lorsque la dette liée est excessive par rapport aux fonds propres, la fraction liée se heurte souvent au plus élevé de 1 million d’euros ou 10 % de l’EBITDA fiscal. La fraction tierce peut rester sur la voie 30 % / 3 millions d’euros, avec prorata. Le partage exact suit le texte. La dette d’associés est la couche chère.

Ces tests se superposent. Un prêt peut échouer au TMP, passer la sous-capitalisation et être quand même raboté par le 212 bis. Un autre peut passer le TMP, buter sur le ratio de 1,5 fois les fonds propres en dette liée, puis vivre sous le plafond 1 million d’euros / 10 %. Traiter l’ATAD comme un seul chiffre, c’est découvrir des intérêts non déduits après la clôture.

Groupes, reports et condition de ratio d’équité

Dans un groupe fiscalement intégré, le plafond 212 bis se calcule au niveau du groupe. Cela peut aider lorsqu’une OpCo avec un vrai EBITDA fiscal siège dans le même périmètre qu’une holding endettée. Cela n’aide pas lorsque la HoldCo est hors groupe, dans un autre État membre, ou hors intégration française. L’hygiène d’organigramme compte autant que le coupon.

Les intérêts non admis, dans la transposition française standard de l’ATAD, ne sont pas perdus. Ils se reportent sans limite de durée, sous réserve d’une capacité ultérieure. La capacité inutilisée se reporte pendant cinq ans. Une HoldCo sans EBITDA fiscal, hors d’un groupe qui en a, peut stocker des intérêts et ne jamais les utiliser. Les reports sont un poste d’inventaire, pas une stratégie.

Les commentaires français décrivent aussi une clause de sauvegarde : un membre de groupe bien capitalisé, dont le rapport fonds propres / actif n’est pas matériellement inférieur à celui du groupe consolidé (tolérance usuelle de deux points), peut revendiquer 75 % de la charge nette que le plafond ordinaire aurait refusée. C’est une condition avec comptes consolidés, pas un argument pour plus de dette d’associés. Sans passerelle consolidée propre, un family office ne doit pas piloter comme si les 75 % étaient acquis.

Le refinancement après le choc de taux

Le choc de taux 2022-2024 n’a pas réécrit l’article 212 bis. Il a réécrit le numérateur. Le même principal, la même HoldCo, le même EBITDA fiscal mince, et un coupon passé de 2 % à 6 % ou 7 %, produisent une charge nette plus élevée contre un plafond inchangé. C’est le dossier de refinancement 2026. Les familles qui « n’ont fait que refinancer » ont souvent augmenté l’intérêt coincé sans le voir, parce que le cash continuait de servir la dette via des dividendes d’exploitation ou un nouveau prêt amont.

Le refinancement rafraîchit aussi le dossier TMP. Un titre de 2021 encore dans le TMP peut s’en écarter après un reset de marge, ou l’inverse si la famille n’a pas repricé. La preuve de prêteurs indépendants, si elle est utilisée, doit ressembler à un process crédit. Une dette bancaire tierce peut améliorer la surcouche parties liées et dégrader les covenants de cash. La substance appartient au même mémo : CFC, GAAR et débat Unshell s’intéressent aux personnes, aux locaux et aux décisions. Les commentaires officiels restent sur BOFiP. Les familles qui travaillent déjà le bouclier fiscal 2026 doivent poser le 212 bis sur le même bureau : un dossier porte sur l’impôt sur le revenu plus l’IFI, l’autre sur le point de savoir si l’intérêt est une charge ou une différence permanente.

Ce qu’un family office doit inventorier

Un inventaire utile est ennuyeux, et c’est précisément l’intérêt. Lister chaque entité qui verse ou reçoit des intérêts. Distinguer parties liées et tiers. Capturer le principal, le taux, la comparaison TMP, l’échéance, et si le refinancement 2022-2024 a changé le coupon sans changer l’hôte. Calculer, ou faire calculer par le fiscaliste, l’EBITDA fiscal du 212 bis II, pas l’EBITDA comptable. Noter si la société est dans un groupe intégré français, et donc si le plafond est de groupe. Distinguer deux horloges : capacité inutilisée (cinq ans) et intérêts refusés (sans limite).

Comptes courants dans les SPV familiales

Les prêts d’associés dans les SPV immobilières et de private equity méritent leur propre ligne : le déclencheur de 1,5 fois les fonds propres, toute tentative de clause de ratio, et la substance (dirigeants, comptes, procès-verbaux). Si la famille ne peut pas expliquer en une page pourquoi l’intérêt vit dans cette société, le dossier fiscal ne l’expliquera pas non plus. Un multi-family office indépendant peut tenir cette carte à jour sans vendre un refinancement. Le modèle des services Vellum Finance est une coordination fee-only entre avocats, commissaires aux comptes et prêteurs. Le livrable 2026 est un seul tableau : capacité, surcouches, reports, et les entités où l’intérêt ne devrait plus siéger.

Conclusion

La limitation d’intérêts ATAD en 2026 n’est pas un nouveau taux européen. C’est la règle française de 2019 confrontée à un coupon plus élevé et à un organigramme qui parque encore la dette là où l’EBITDA fiscal manque. L’article 212 bis donne le plus élevé de 3 millions d’euros ou 30 % de l’EBITDA fiscal, puis se resserre pour la dette liée sous-capitalisée, tandis que le TMP et les anciens tests de thin cap continuent de s’appliquer. Reports et clause de ratio existent comme conditions, pas comme slogans. Les familles qui inventorient hôtes, EBITDA fiscal et dossiers de prêts ressentent la règle comme une contrainte gérée. Celles qui attendent une « réforme ATAD 2026 » non édictée la ressentent comme un intérêt coincé.

Discrétion. Stabilité. Prospérité.


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